Procès Bellefeuille : la caméra corporelle révèle les derniers moments du sergent Mueller
La mort du sergent Eric Mueller, tué en service en mai 2023, a ébranlé la confrérie policière et les communautés de l’est ontarien. À travers le choc et le deuil, une question demeurait en suspens : « que s’est-il passé cette nuit-là? » Une partie de la réponse a été dévoilée au procès d’Alain Bellefeuille. Alain Bellefeuille est accusé du meurtre prémédité du sergent Eric Mueller et de deux accusations de tentatives de meurtre à l'endroit des deux autres policiers intervenus sur place cette nuit-là, Marc Lauzon et François Gamache-Asselin. L’homme de 41 ans a plaidé non coupable. Les trois agents sont intervenus, dans la nuit du 11 mai 2023, à la résidence d’Alain Bellefeuille à la suite d’un appel pour vérification de son bien-être, puisqu’une voisine pensait avoir entendu un coup de feu. CBC/Radio-Canada a obtenu une copie de la vidéo prise par la caméra corporelle d’Eric Mueller, déposée en preuve au procès. Les images ne montrent pas la totalité de l’intervention policière, mais le jury a tout vu et tout entendu, dont le moment où le sergent Mueller, 42 ans, tombe sous les balles d’Alain Bellefeuille. La principale question dans ce procès est la suivante : est-ce qu’Alain Bellefeuille, depuis sa chambre à coucher, savait qu’il avait à faire à des policiers lorsqu’il a fait feu à neuf reprises en leur direction? Voici donc le fil des événements de l’opération policière qui a coûté la vie au sergent Eric Mueller. Accompagné de son collègue Marc Lauzon, Eric Mueller est sur le point d'ouvrir la porte de la maison d'Alain Bellefeuille, à 2 h 32. (Photo d'archives) Photo : Capture d'écran de la vidéo de la caméra corporelle de l'agent Mueller fournie par le tribunal au procès d'Alain Bellefeuille 2 h 28. La caméra corporelle du policier s’allume. La vidéo montre le sergent Mueller au volant de son véhicule, il se stationne dans l’entrée de la maison d’Alain Bellefeuille, située sur la rue Laval à Bourget, dans l’est ontarien. À sa droite se trouve l’auto-patrouille de son collègue Marc Lauzon arrivé un peu plus tôt. On peut entendre le son des gyrophares en arrière-plan. L’agent Lauzon partage à son confrère que la lumière extérieure de la résidence est allumée, ce qui n’était pas le cas à son arrivée. À peine sorti de sa voiture, Eric Mueller indique à son collègue qu’il ne voulait pas que celui-ci entre seul dans la maison du suspect. Marc Lauzon lui décrit ensuite les informations qu’il possède sur le suspect. Eric Mueller au moment où il se stationne dans l'entrée de la maison d'Alain Bellefeuille. (Photo d'archives) Photo : Capture d'écran de la vidéo de la caméra corporelle de l'agent Mueller fournie par le tribunal au procès d'Alain Bellefeuille 2 h 30. Les deux policiers s’approchent de la portée d’entrée. Ils conviennent de faire le tour de la maison On entend un chien aboyer. L’agent Lauzon s’approche de la porte arrière, éclaire celle-ci avec sa lampe de poche, et cogne à plusieurs reprises. Puis, il se dirige vers les fenêtres et cogne une fois de plus. Pendant ce temps, Eric Mueller s’approche à son tour de la porte et tente d’observer l’intérieur de la maison. La vidéo nous montre qu’à ce point-ci, les deux hommes ne se sont pas identifiés verbalement comme étant des policiers. Il s’agit d’un élément essentiel de la thèse de la défense, qui soutient que son client croyait être victime d’une invasion de domicile. Les deux policiers décident ensuite de retourner vers la porte d’entrée, située à l’avant de la maison. Ils croisent alors leur collègue, François Gamache-Asselin, qui les attend à l’abri derrière une camionnette. François Gamache-Asselin n’aura pas l’occasion de faire le point avec ses deux confrères. À 2 h 33, Marc Lauzon décide d’ouvrir la porte, déverrouillée, et dit : Âgé de 42 ans, Eric Mueller occupait la fonction de policier depuis 21 ans. (Photo d'archives) Photo : Police provinciale de l'Ontario Les images de la caméra corporelle fournies par le tribunal s’arrêtent ensuite pendant 46 secondes. Radio-Canada a pu entendre les enregistrements du tribunal afin de poursuivre la description des événements. On entend Marc Lauzon ajouter : Eric Mueller enchaîne, en anglais, Les deux hommes sont maintenant à l’intérieur de la maison. Sans avertissement, Alain Bellefeuille tire une rafale de neuf coups de feu avec son arme d’épaule semi-automatique à travers le mur de sa chambre, en direction des policiers. On entend alors leurs cris, entrecoupés d’appels à l’aide. La douleur est palpable. Huit secondes plus tard, deux autres coups de feu sont entendus. La deuxième partie de la vidéo de la caméra corporelle du sergent Mueller commence 46 secondes plus tard. Il est maintenant 2 h 34. L’angle de la caméra laisse comprendre que le sergent Eric Mueller est maintenant couché au sol, dans une mare de sang. Son frère d’armes, Marc Lauzon, est grièvement blessé mais arrive à se tenir debout. Il se met le nez dans le cadre de porte, tentant d’observer où se cache Alain Bellefeuille. Alain Bellefeuille est accusé du meurtre prémédité du sergent Eric Mueller et de deux accusations de tentatives de meurtre à l'endroit des deux autres policiers intervenus sur place cette nuit-là, Marc Lauzon et François Gamache-Asselin. L’homme de 41 ans a plaidé non coupable. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Olivier Plante Dans le coin inférieur droit de l’image de la caméra corporelle d’Eric Mueller, on voit ensuite Alain Bellefeuille sortir de sa chambre brièvement. Il déploie son arme longue et tire deux autres coups de feu par la fenêtre. Vêtu d’un chandail noir et d’une casquette de baseball, les cheveux en bataille, il s’approche ensuite du sergent Mueller, toujours au sol dans le vestibule. Alain Bellefeuille dégaine une fois de plus son arme en pointant dehors. On entend les cartouches tomber au sol près du sergent. Puis, Alain Bellefeuille se penche vers Eric Mueller, lui disant deux fois : L’homme armé complète son énoncé en parlant à nouveau en anglais pour murmurer au sergent Mueller qu’il n’aurait jamais dû entrer chez lui. Il ajoute : Quelque 9000 policiers ont assisté aux funérailles d'Eric Mueller au Centre Canadian Tire, à Ottawa. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick Alain Bellefeuille se relève ensuite, ouvre la lumière et saisit la caméra corporelle d’Eric Mueller avant de la recouvrir avec quelque chose. À partir de ce moment, et ce pour le reste de la vidéo, on ne voit qu’un écran noir, mais on entend encore les gestes et les mots prononcés par Alain Bellefeuille, dont un bruit qui s’apparente au corps du sergent traîné au sol. À 2 h 35, il tire quatre autres coups de feu qui terminent leur chemin sur l’auto-patrouille de Marc Lauzon, selon ce qu’il a raconté lors de son témoignage en cour. Ces autres coups de feu sont importants dans la thèse de la Couronne, qui souhaite démontrer la préméditation du geste. À 2 h 37, on peut entendre Alain Bellefeuille appeler le 911, s’adressant à une répartitrice : L’enregistrement se termine de cette façon. Cette vidéo de la caméra corporelle du sergent Eric Mueller fait partie des preuves présentées au jury jusqu’à maintenant dans le cadre du procès d’Alain Bellefeuille. Le procès d’Alain Bellefeuille fait relâche cette semaine. Il doit reprendre lundi avec le contre-interrogatoire du policier Ionut Mihuta, celui qui a procédé à l’arrestation de l’accusé. Avec la collaboration de Frédéric Pepin, de Charlotte Tremblay et de Kristy Nease, de CBC News
Alain, c’est un gars qui boit beaucoup. Ça fait quatre ans qu’il reste icitte. Là, il faut qu’il déménage parce qu’ils vont développer des maisons icitte, et ça, ça lui fait ben de la peine
, détaille Marc Lauzon en français.
pour bien vérifier le périmètre
, explique Eric Mueller, qui marche vers la gauche de celle-ci pendant que son collègue fait le tour par la droite.On la f–king défonce man
, dit le sergent Eric Mueller en parlant de la portée d’entrée.Allo Alain. Police
.
Allo Alain, police. Salut, le chien! Allo Alain, police! Alain!
Hello!
Marc, recule!
lance, en anglais, François Gamache-Asselin, dont le genou a été lacéré.Je ne peux pas, je suis blessé
, a-t-il répondu en français, malgré sa difficulté à bien respirer.
You f–ked with the wrong motherf–ker, man
, entrecoupé d’un c’est rien que ça que j’ai à dire
.Désolé pour ça
.
Bonjour. J’ai tiré. Quelqu’un est entré chez moi, mais malheureusement, j’ai tiré sur un policier
, lance-t-il en anglais, en précisant ensuite son adresse.
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